La posture de l’essai : ouvrir le réel, respirer le monde

Automne 2025
André Seleanu (AICA)

La posture de l’essai chez Léonel Jules est une posture ouverte, respiratoire et plastique.
Elle refuse la clôture, accueille l’inattendu, avance par strates de sens.
Elle honore la quête plutôt que la démonstration,
et inscrit la pensée dans une dynamique de relation,
où le mystère — la grande Inconnue — demeure une source vive.
L’essai devient ainsi une expérience,
une matière,
un souffle.

ÉDITORIAL — Art-Média
La posture de l’essai : ouvrir le réel, respirer le monde
par Léonel Jules (Leyho)

Il existe, au cœur de toute démarche artistique, un espace fragile :
un lieu où le geste hésite encore entre le visible et l’invisible,
où la pensée cherche non pas à conclure,
mais à respirer.

C’est dans cet intervalle —
cet écart vivant où se forme le sens —
que je situe la posture de l’essai.

L’essai n’est pas une démonstration.
Il n’est pas un exposé ni un verdict.
Il est une ouverture,
un passage,
une chambre d’échos où le monde résonne autrement.

J’écris comme je peins :
par fragments, par strates, par pressentiments qui se répondent.
Chaque idée se dépose comme une couleur,
chaque silence devient un souffle,
chaque citation une ligne de force qui oriente l’ensemble.

La pensée, ici, ne s’impose pas.
Elle circule.
Elle accueille.
Elle se risque.

Cette posture refuse les certitudes closes.
Elle préfère la lumière des questions,
la lente montée intérieure d’un sens encore en formation.
Comme le disait Paul Klee,
« Notre vertu consiste à cultiver l’exact, y compris X, la grande Inconnue. »
C’est dans cette inconnue féconde
que l’essai trouve sa respiration la plus juste.

Écrire ainsi, c’est accepter que le réel ne soit pas stable.
C’est reconnaître que la matière — comme l’esprit —
se transforme, glisse, appelle.
C’est offrir au lecteur non pas une route,
mais une direction.
Non pas une vérité,
mais une présence.

Et c’est peut-être là, désormais,
la vocation profonde d’Art-Média :
être un carrefour où artistes, penseurs, voix singulières
laissent apparaître cette part vibrante du monde
qu’on ne voit qu’en ralentissant,
qu’en écoutant,
qu’en osant le tremblement.

Ce premier éditorial ouvre donc une série qui suivra le fil de mes recherches,
mes questionnements,
mes relations à l’art comme matière de pensée et de vie.

Un espace où l’essai devient expérience,
où la pensée devient geste,
où la parole devient souffle.

Bienvenue dans cet atelier de sens.
Nous y avancerons ensemble,
à la rencontre du visible et de ce qui, encore, murmure derrière.

— Leyho


André Seleanu, critique d’art montréalais, membre de l’Association internationale des critiques d’art. (AICA)

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